Voici la nouvelle que j'avais présentée lors de la nuit des insomniaques.
En termes imposés, on devait retrouver :
1/ la phrase : ils font les mêmes pour les hommes"
2/ un secret de nuit
3/ un mauvais numéro
4/ un maimum de 3000 caractères espaces compris
GARDE A VUE
« Mais puisque je vous dis que j’ai fait le 06.65.63.12.36 au lieu du 06.65.63.12..35. J’ai fait un mauvais numéro !! »
Rien à faire. Ils ne veulent pas me croire. Ils ne veulent même pas essayer de vérifier mes dires…
Il faut reconnaître qu’avec mon jogging troué, mon tee-shirt informe, mes cheveux trempés et mon haleine Glenn Miller, j’air l’air d’une gueuse !! Mais bon, ils m’ont sautée dessus à six heures du mat, alors que j’avais passé la nuit peinarde devant mon ordinateur à tchater avec des copines
(entre autres). Je risquais pas de ressembler à miss monde !
« Cellule n°6 » a braillé l’un d’entre eux.
J’ai abdiqué et la grille s’est refermée dans un grincement lugubre.
Je suis restée debout, hébétée. J’ai humé l’air vicié. J’ai regardé les murs gris. Le sol gris. Face à moi, une chaise en plastique. Grise elle
aussi. Pas de fenêtre.
Le froid a envahit mes os.
Je respire mal. Je serre les dents.
J’avance d’un pas. Puis d’un autre. Je suis au centre de la pièce. Déjà !
A ma droite, rivé au sol, une forme étrange et dégoulinante de crasse. Je devine au rouleau de carton vide qui traîne au sol qu’il s’agit d’un
wc. Pas d’abattant ni de lunette. Je demande niaisement au gardien encore présent :
« Ils font les mêmes pour les hommes ? »
Il me répond illico ;
« Non, eux ils ont des chiottes turques ! » Et s’en va.
Je reste là de longues minutes encore. Une heure peut-être. Je ne sais pas. L’odeur pestilentielle me monte à la gorge.
Puis mon regard se porte sur ma gauche. Ici, on est comme un caméléon. Pas besoin de tourner la tête pour tout voir. Un rectangle en béton (un
lit ?). Gris !
Je me dis qu’ils ont dû avoir des promos sur la peinture, mais çà ne me fait pas sourire.
Je serre un peu plus les dents. Je déglutie avec peine.
Une couverture trouée, souillée, recouvre le lit de moitié.
Kaki !! Elle est kaki !! Ou a dû l’être autrefois…
Kaki !! Seule tache de couleur dans cet univers de grisaille.
Seule ? Non…
Au bas du mur, une inscription m’intrigue. Un pas vers elle.
Elle est rouge !
Rouge Sang. Rouge Colère. Rouge Haine…
Je m’accroupis pour mieux déchiffrer le graffiti.
« GO FUCK »
Cette fois, un semblant de sourire effleure mes lèvres sèches tandis que des larmes incandescentes s’approprient mes yeux fatigués.
Je pense : « Trop tard, c’est déjà fait !»
Moi, la blogueuse acharnée, la tchateuse infernale, la folle incontestée du sms, il a suffit que j’envoie « besoin de came
en urgence » à Julien, un ami informaticien, insomniaque de surcroît, pour me retrouver ici, au « gnouf » comme disent les habitués.
Bon ok, je me suis plantée et mon message est arrivé chez un dealer notoire aussi réputé que surveillé… Mais bon, qu’est ce que j’y peux moi, si
mon doigt a dérapé sur le dernier numéro de mon portable à touches sensitives ?
Je le connais pas moi ce type, je l’ai jamais vu. Et puis est ce que j’ai l’air d’une droguée franchement ? Bon
cette nuit peut être, vu l’interrogatoire salé que j’ai subi, sans parler de la fouille humiliante, et le tout sans même espérer avoir un verre d’eau.
Joe va me tuer c’est sûr.
Déjà que le fait que je papote sur le net est un secret, de nuit comme de jour, vu qu’il est hyper jaloux, comment
vais-je lui présenter la situation quand il viendra me récupérer ?
Les flics vont lui dire pourquoi ils m’ont embarquée, c’est sûr… Faut que je trouve un prétexte pour la came (pardon, la cam) mais
quoi !!
Click click, click…
GGrrrrr, j’arrive pas à me concentrer, à avoir les idées claires.
Faut dire qu’en plus du relent fétide qui m’irrite les narines, y’a un bruit qui revient sans arrêt agresser mes oreilles, un son métallique
stressant, angoissant, …celui des clefs des gardiens et leurs allers-retours incessants! Les sales matons comme gueule la soûlarde de la cellule d’en
face.
9 heures du mat.
Je pose mes fesses bien au bord du lit, le plus loin possible de la couverture. Mon malaise s’amplifie. Les coudes sur les genoux, la tête
entre les mains, je laisse enfin couler ces larmes qui me nouaient la gorge.
Joe fini son travail à 8h, il a environ une heure de trajet…il ne va pas donc pas tarder à rentrer à la maison maintenant. Et comme il boit
toujours une bière avant d’aller se coucher, il va trouver le post-it jaune scotché sur le frigo à son intention disant : « je suis au commissariat
central » (ils ne m’ont pas laissé le temps d’en écrire davantage).
Je ne sais même pas si j’ai envie de le voir tant je redoute sa réaction. Je pourrais lui faire croire que je voulais brancher cette cam sur celle qu’il a au boulot pour lui faire coucou, voire m’exhiber en petite tenue pour qu’il se sente moins seul …
Non !! Il ne croira jamais çà d’une nana qui éteint toutes les lumières avant même de se coucher !! Et je ne peux évidemment pas lui
avouer que c’était pour mater en direct live le mec que ma copine gégé avait invité ce soir là !
Click. Click. Click.
Ma voisine s’est finalement écroulée sur sa paillasse et malgré ses ronflements vélaires, je perçois toujours ce foutu cliquetis qui m’exaspère.
Je préférais encore quand elle beuglait.
Je réalise alors que la réaction de Joe m’inquiète bien plus que l’inévitable procès à venir. Je vais pourtant avoir besoin d’un sacré bon avocat
pour plaider ma cause. Hors de question de me retrouver en prison pendant des semaines, des mois…
A cette pensée, un interminable frisson me parcourt l’échine.
J’allais me remettre à chialer quand au fond du couloir, la porte s’est ouverte brusquement, laissant apparaître Joe,
les cheveux hirsutes et sa mine des mauvais jours.
Un flic vint ouvrir ma cage.
« Vous pouvez partir ».
Je me suis levée et j’ai suivi Joe sans rien dire, sans même oser le regarder.
Je ne savais toujours pas quel mensonge j’allais inventer et je spéculais déjà sur les pires conséquences de cet épisode.
Je me préparais à tous les scénarios, mais alors vraiment à tous, sauf à ce qu’une fois dans la voiture, il m’annonce tout de go :
« Tu sais, si t’avais besoin de came, il suffisait de m’en demander » !!
PS : ceux qui ont déjà lu certains de mes textes trouveront une similitude avec france2024. Ce qui n'est point du plaggia puisque c'est moi qui ai écris les 2 !!